Lauréats

Prix 2015 : Xavier Gabaix, lauréat ; Eric Barthalon, nominé

La cérémonie de remise du Prix Maurice Allais de Science Economique 2015 a eu lieu le 29 mai à l’Ecole Mines ParisTech. Le Prix a été attribué au Pr. Xavier Gabaix pour ses travaux remarquables sur la « rationalité limitée ». Le Jury a également tenu à distinguer Eric Barthalon comme nominé pour son ouvrage Uncertainty, expectations and financial instability – Reviving Allais’s lost theory of psychological time.

Le lauréat 2015 : Xavier Gabaix, Professeur à New-York University, distingué par le FMI comme l’un des 25 économistes les plus prometteurs

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Diplômé de l’Ecole Normale Supérieure de Paris et de l’Université de Harvard, Xavier Gabaix est aujourd’hui Professeur à la Stern School of Business de l’Université de New-York, après avoir enseigné au Massachussets Institute of Technology. Il a déjà été récompensé par plusieurs prix scientifiques en économie.

Le Prix Maurice Allais 2015 lui est décerné pour son article intitulé « A sparsity-based model of bounded rationality », publié en 2014 par The Quarterly Journal of Economics, qui constitue en quelque sorte le couronnement de ses recherches sur l’économie de l’attention limitée. Son modèle consiste à poser que l’individu cherchera son intérêt maximum en ne considérant qu’une partie des données qu’un individu rationnel (au sens fort de la théorie néo-classique) aurait retenues, et il permet de savoir à quels degrés d’attention respectifs seront retenues certaines données, et pas d’autres.

Un travail remarquable sur la rationalité limitée, les limites de l’équilibre des marchés et la protection du consommateur

Dans le domaine théorique, les implications essentielles de cette recherche touchent à la détermination des demandes individuelles, donc de la demande agrégée et partant de l’équilibre économique. Par exemple, du point de vue de l’analyse néo-classique, si tous les prix – et notamment le taux de salaire – sont multipliés par un facteur k (on peut penser au passage du Franc à l’Euro), l’offre de travail de l’individu ne change pas, sa demande de fruits et légumes ou de tout autre produit non plus, et l’équilibre général économique pas davantage. Mais la « rationalité limitée parcimonieuse » de Xavier Gabaix modifie ces conclusions : le salaire fait assurément partie des prix « saillants », d’autres prix ne seront pas dans le même cas. Il en résultera des modifications à la fois de l’offre de travail et des demandes de divers autres produits auxquels l’individu n’aura pas consacré le même « degré d’attention » et, de ce fait, l’équilibre général sera modifié. Pour Xavier Gabaix, l’équilibre des marchés ne réalise plus automatiquement l’optimalité de l’utilisation des ressources au niveau collectif.

Pour en venir à des considérations plus immédiatement « pratiques », cette « rationalité limitée parcimonieuse » implique qu’une Autorité Publique doive protéger le consommateur contre l’utilisation par les services marketing des entreprises de ce que l’on peut considérer comme les faiblesses de la rationalité d’un grand nombre de consommateurs.

Les travaux de Xavier Gabaix rejoignent par ailleurs les préoccupations et certaines des conclusions de Maurice Allais dans des ouvrages tels que la Théorie Générale des Surplus, qu’il s’agisse des comportements monétaires ou des équilibres de marchés.

Le nominé 2015 : Eric Barthalon, praticien orfèvre des marchés financiers

Diplômé de l’Ecole Supérieure de Commerce de Paris, Eric Barthalon a exercé d’importantes responsabilités dans le secteur bancaire et est aujourd’hui Chef économiste et directeur de l’allocation tactique d’actifs d’Allianz Investment Management SE.

Il a été nominé par le Jury du Prix Maurice Allais pour son ouvrage intitulé « Uncertainty, expectations and financial instability – Reviving Allais’s lost theory of psychological time », publié en 2014 par Columbia University Press.

Maurice Allais n’a eu de cesse de vouloir rapprocher la théorie économique de l’observation des faits. Favoriser la communication entre praticiens et académiques a donc fait partie de ses priorités. Eric Barthalon a soumis à la Fondation Maurice Allais un travail exemplaire à cet égard.

L’auteur plaide pour remettre à l’honneur de la théorie économique la  « théorie perdue du temps psychologique » de Maurice Allais. Ici encore, l’accent est mis sur le fait que les individus n’ont pas de rationalité aussi parfaite que la théorie néo-classique veut bien le dire. Ainsi le  « taux d’oubli » conduira à ce que les prix du passé soient partiellement  « oubliés » et n’entrent pas tous avec le même poids dans le calcul rationnel des individus, une caractéristique fondamentale de la théorie monétaire – dite HRL – de Maurice Allais.

Un travail riche d’enseignements sur l’« exubérance » des marchés financiers

Eric Barthalon élabore un lien entre ce que Maurice Allais a connu de la crise de 1929 et ce qu’il a lui-même vécu, en tant que praticien de haut niveau, des crises de 1987, de 1998, de 2001 et, bien sûr, de la crise de 2007. En s’appuyant sur une observation empirique inédite – le lien entre taux d’intérêt nominal objectivement observable et taux de croissance nominal subjectivement perçu par le marché, Eric Barthalon ajoute un nouvel étage à la construction monétaire de Maurice Allais.  Ses conclusions sur l’instabilité fondamentale due à notre système de création monétaire par les banques commerciales rejoignent néanmoins la vision que Maurice Allais avait développée dans sa théorie HRL de la demande de monnaie. Mais Eric Barthalon va plus loin et, dans les derniers chapitres de son ouvrage, jette des ponts, à la fois inédits et prometteurs, avec la modélisation financière.

Selon le Pr. Bertrand Munier, Président du Jury, « les choix du Jury en 2015 – du lauréat comme du nominé – ont ainsi une signification générale : saluer l’évolution de l’analyse économique vers une discipline, qui, en ne reniant rien de sa spécificité, appuyée sur le comportement rationnel des agents économiques, se rapproche de traits de comportements individuels et collectifs constatés par tout un chacun et qui n’étaient, jusqu’alors, que modélisés par les psychologues. Ce fut le sens d’une très grande partie des recherches conduites par Maurice Allais. »


 

Prix 2013 : Trois lauréats et deux nominés

La cérémonie de remise du Prix Maurice Allais de Science Economique 2013 s’est déroulée le 31 mai, date anniversaire de la naissance de Maurice Allais, à l’école Mines ParisTech.

Lauréats 2013

Le Prix Maurice Allais a été décerné conjointement à M. le Pr. Roger FARMER, Distinguished Professor, University of California and Senior Norman-Houblon Fellow, Bank of England, Mme Carine NOURRY, Professeure à l’Université d’Aix-Marseille, GREQAM, I.U.F et M. Alain VENDITTI, Directeur de Recherche au CNRS, GREQAM-Université d’Aix-Marseille et Professeur Affilié à l’EDHEC, pour leur article intitulé « The Inefficient Markets Hypothesis : Why financial markets do not work well in the real world », publié en 2012 dans « NBER Working Papers Series ».

Le Jury a également distingué en qualité de « nominés » M. le Pr. Alfred GALICHON, Professeur à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, pour son article intitulé « Dual theory of choice with multivariate risks », publié en 2012 en collaboration avec M. Mark Henry dans le « Journal of Economic Theory », et M. le Pr. Philippe MONGIN, Directeur de Recherche au CNRS, Professeur à H.E.C., pour sa contribution intitulée « Duhemian Themes in Expected Utility Theory », publiée en 2009 dans « French Studies in the Philosophy of Science » (« Boston Studies in the Philosophy of Science », Springer).

Les 19 candidatures étaient toutes au niveau de l’excellence. Le Jury a donc longuement pesé les arguments présentés par les rapporteurs, au cours de débats approfondis. Il s’est aidé de la procédure de vote proposée par Maurice Allais et Bertrand Munier aux Jurys CNRS de Sciences Economiques et de Gestion où ils siégeaient.

Parmi les critères retenus pour la sélection, l’importance de l’apport à la connaissance, la rigueur du raisonnement, la volonté de rapprocher le corpus théorique de la réalité observable, la publication ou la mise en ligne à travers un support prestigieux, la filiation avec la méthode et les avancées des recherches de Maurice Allais, l’effort de reconnaissance et de diffusion de l’œuvre de Maurice Allais ont été les critères majeurs retenus par le Jury.

Télécharger l’intervention de Christine Allais

Télécharger l’intervention de Bertrand Munier

Télécharger l’intervention de Roger Farmer

Télécharger l’intervention de Carine Nourry

Télécharger l’intervention d’Alain Venditti

Télécharger l’intervention de Luc Rousseau

Télécharger l’intervention de Romain Soubeyran